Extraits :
     Marta Petreu : Chronique 
                               La gloire, la voilà
     Mircea Cartarescu : Connais-tu le pays où fleurit l'oranger ?
 

 

 

Marta Petreu

CHRONIQUE

Eh bien, il est tard. Et tombent du ciel des étoiles rouges
juteuses comme des tomates mûres
Eh bien, il est tard. Le désir, l'insomnie creuse dans mon cerveau des labyrinthes]
comme les armées de caries creusent dans le bois sec des frênes

Eh bien, il est tard. Les vacances divines
se sont transformées en foires coupables

Il est tard. Rien. Personne ne s'étonne plus

Sur nous avancent les chiens.

Oui. Ecoute-les : ils flairent, ils ont envie
Et sur leurs traces
pleins de bave arrivent en hordes anthropophages les anges de la nuit
oui, les grands anges sauvages et affamés descendus du ciel
Les voilà : ils sont là tout près
de plus en plus près.

 

LA GLOIRE, LA VOILÀ

Aucune indulgence pour les mystères
aucune indulgence.

La gloire, la voilà : un peau bien tendue

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Mircea Cartarescu

 

CONNAIS-TU LE PAYS OU FLEURIT L'ORANGER?

j'attends le tramway 26 à l'arrêt du Cirque d'Etat
toute la chaussée est dorée, et les arbres verts, verts avec tant de feuilles qu'aucun peintre Renaissance ne pourrait les peindre toutes.
je mate des filles en jeans avec des T-shirts très larges
- sur les nénés de l'une d'entre elles on peut lire JOGGING - je tourne le cou, je me retourne,]
un cinq passe et je pose le doigt sur sa tôle rouge, chaude, et je pense à un vers]
que je formule même : "cet été nous sommes tous devenus mécanos,
nous bricolons tous sous la carrosserie des nuages"...

c'est la mi-mai, il y a du soleil et je suis ahuri
les enfants apportent à leurs professeurs de grossières branches de lilas
et du muguet sous cellophane
en regardant le soleil on prend dans les yeux un copeau
mauve glissant, et sur la rétine
des têtes et des rubans violets de lumière.
eh toi, le soleil, le vitreux, eh la lune, l'hirsute,
cet été nous sommes tous devenus mécanos,
nous bricolons tous sous la carrosserie des nuages
nous dévissons l'essieu des fleurs.

enfin, après une file de 24 et de 4, le 26 arrive.
je joue des coudes je monte et trouve une place prés de la fenêtre du fond. la chaussée étincelle à en devenir fou,
mais ton coeur est froid car tu n'as aucun amour
et tu ne comprends plus rien aux vitrines
et tu ne peux plus écrire que des lettres bêtes et inutiles.
j'ouvre "le passé utopique" d'himmelmann avec sa belle couverture bleue et je lis ce que goethe pensait des statues.

bucarest, à droite à gauche, est là sans y être.

 

(in Totul, Bucarest, Cartea Româneasca, 1985) Traduit du roumain par Claire de Oliveira (c) S.L. trad. française

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