Extraits :
     Anna Kokko-Zalcman : Littératures de Finlande
     Aleksis Kivi : Berceuse
     Tove Jansson : Prémonitions

 

 

 

 

Anna Kokko-Zalcman
Maître de conférence à l'Institut des langues finno-ougriennes

Littératures de Finlande

Encadrée par la culture européenne, la langue finnoise a su garder une profonde originalité, qui a favorisé le développement rapide, en un siècle et demi, d'une littérature finnoise authentique. Si l'expression finnoise n'est pas restée insensible aux influences venues de l'Ouest et de l'Est, c'est cependant la littérature finlandaise de langue suédoise qui a suivi de plus près les courants dominants en Scandinave ou en Russie. Aujourd'hui, une troisième littérature, la lapone, fait des débuts prometteurs.

Les "racines"de la littérature finnoise sont multiples mais non hétérogènes. Il faut en premier lieu mentionner la littérature orale, dite poésie kalévalénne, remontant aux traditions les plus anciennes, mais l'on doit également prendre en considération les anciens textes juridiques d'inspiration scandinave et les premiers textes religieux luthériens, qui datent du siècle de la Réforme et sont l'oeuvre de Mikael Agricola (1510-1557), premier évêque protestant de Finlande, et, comme ses prédécesseurs catholiques, premier homme du pays. Agricola ne se contenta pas de traduire les textes ecclésiastiques et le Nouveau Testament (1542), mais fit oeuvre de création (à commencer par un abécédaire versifié), méritant ainsi le titre de "Père de la littérature finnoise". Il fut suivi, au 16e, 17e et 18e siècles, de plusieurs auteurs de cantiques et prédications en finnois.

Les universitaires finlandais, qui s'exprimaient en suédois et en latin, s'intéressèrent dès le 17e siècle à la langue et au folklore finnois. Enfin le mouvement préromantique fit naître à Turku, capitale du pays et ville universitaire, l'association "Aurore", animée par Henrik Gabriel Porthan (1739-1804), "père de l'historiographie finlandaise" et auteur d'un De poësi Fennica (1766-78). Les deux premiers journaux du pays, l'un suédois (Tidningar utgifne aff ett SäIlskap i Âbo) et l'autre finnois (Suomenkieliset Tieto-Sanomat), virent alors le jour, et la douce lumière de cette "Aurore" baigne aussi les vers du premier grand poète lyrique finlandais, Frans Mikael Franzén (1772-1847), de langue suédoise.

L'idéalisme romantique atteignit son apogée dans l'oeuvre de Johan Ludvig Runeberg (1804-1877), lui aussi de langue suédoise, longtemps considéré comme "poète national finlandais". Il est l'auteur de vastes cycles poétiques animés par le sen national et organisés autour de héros de la mythologie scandinave ou de personnages finnois idéalisés : ainsi le recueil Les récits de l'Enseigne Stahl (1884-1860), qui rassemble des tableaux de la guerre de 1809 et dont le premier poème, Notre Pays (1875) a fourni les paroles de l'hymne national finlandais.

L'autre grand écrivain de l'époque romantique, Zachris Topelius (1818-1898), lui aussi de langue suédoise, reflète l'influence européenne et française dans ses grands romans historiques. Son recueil de textes variés Le Livre de Notre Pays (1875), imprégné de patriotisme et de religiosité - plus profondément d'exaltation de l'humilité et de la charité -fut pendant un demi-siècle le principal livre des écoliers finlandais des deux langues.

Mais l'événement qui devait rapidement assurer gloire et renommée à la poésie finlandaise dans nombre de pays occidentaux fut la parution, en 1835, du Kalevala (1835, élargi en 1847) , oeuvre dûe au travail de compilation d'Elias Lönnrot (1802-1884). A partir de l'impressionnant trésor des poèmes populaires recueillis auprès des bardes populaires, essentiellement dans les contrées reculées à l'est du pays, Lönnrot créa une oeuvre cohérente dans l'intention de restituer ce qu'il croyait être une ancienne unité, équivalent finnois des grandes épopées homériques. L'autre versant de la poésie populaire se trouve dans la Kantélétar, recueil de poésies lyriques également rassemblées par Lönnrot. Enfin, en 1831 fut créée la Société de littérature finnoise, qui n'a cessé depuis lors d'encourager la recherche et la création nationales.

L'époque était-elle vraiment mûre pour accueillir le plus grand génie des lettres finoises ? Aleksis Stenvall prit pour nom d'écrivain celui d'Aleksis Kivi (1834-1872) :

"kivi" signifie "pierre", et c'est sur cette pierre que se bâtit l'édifice de la littérature finoise. Son roman Les Sept frères (1872) lui a valu d'être comparé à Cervantes ; ses comédies rustiques, surtout Les Cordonniers de la Lande (1864) et Fiançailles, traversées d'une gaieté et d'un humanisme quasi moliéresques, n'ont jamais été égalées. Les poètes finnois n'adoptèrent pas ses modèles linguistiques et stylistiques, et si de nos jours on découvre enfin leur valeur, l'incompréhension de son époque signifia pour Kivi une mort précoce dans des circonstances tragiques.

Bientôt après Kivi, Minna Canth (1844-1897) crée, pour le Théâtre National (fondé en 1870), le drame social. Influencée par Ibsen et Zola, elle fut la première des féministes et de ses personnages sont devenus des symboles de l'injustice, telles Anna Liisa (oeuvre dramatique, 1895), l'infanticide, Hanna (roman, 1886), 1'orpheline, ou "Homssantuu", la tzigane, dans La femme de l'ouvrier (oeuvre dramatique, 1885).

Kivi et Canth sont souvent classés sous l'étiquette du "réalisme", tandis que la fin du siècle et la première décennie du 20e devaient connaître une nouvelle période romantique, celle du "carélianisme". Mieux peut-être que les meilleurs traducteurs littéraires, les oeuvres de jeunesse du compositeur Jean Sibelius ou les fresques kalévaléennes du peintre Akseli Gallen-Kallela traduisent l'atmosphère de cette époque inspirée où l'oppression exercée par la Russie tsarine suscita une flambée créatrice. Parmi les écrivains, Juhani Aho (1861-1921), chez qui l'on décèle des influences françaises, a donné quelques romans psychologiques comme La femme du pasteur (1893), (la "Bovary finlandaise") et, surtout, ses Copeaux (1891-1921), esquisses impressionnistes dont un choix a été traduit en français ; Juha (1911), paru en français sous le titre L' Ecume des rapides, est un roman dramatique qui met en scène un personnage finnois-type. Johannes Linnankoski (1869-1913), pour sa part, connut la célébrité internationale avec son héros Olavi, flotteur de bois séducteur vagabond et personnage du Chant de la Fleur rouge (1905), mais réalisa son chef-d'oeuvre, d'une concision hautement classique, avec son dernier roman Les Fugitifs (1908).

 

Runeberg et Kivi ont été les premiers à poser la question "Qu'est-ce qu'un Finnois ?" à laquelle les écrivains finlandais semblent constamment chercher réponse. Plus cosmopolite, Eino Leino (1878-1926) pratiqua tous les genres littéraires. Sans doute demeure-t-il aujourd'hui encore le "roi" des poètes finnois : par sa grâce et sa pureté, sa poésie lyrique est proche souvent de la chanson populaire, et il revivifia dans deux recueils de ballades, Les Chants Helka (1903-1916), le mètre et les formes des vers kalévaléens, leur conférant un élan auquel ils durent de se perpétuer, jusqu'à leur reprise magistrale, en miniature, par Lauri Viita (1916-1965) un demi-siècle plus tard.

La proclamation de l'Indépendance en 1917 ne signifie pas une rupture immédiate dans l'évolution de la littérature finnoise ; cependant la guerre civile de 1918, corollaire de la révolution russe, engendra bientôt trois grands romans sociaux. Joseph du Rivage-aux-haillons (1924) d'Ilmari Kianto (1874-1970), La Combe aux mauvaises herbes (1919-20) de Joël Lehtonen (1881-1934) et, surtout, Sainte Misère (1919), de F.E. Sillanpää (1888-1964) ne sont-ils pas autant de témoignages en faveur des vaincus ? L'oeuvre de Frans Emil Sillanpââ, prix Nobel de Littérature en 1939, se situe pour l'essentiel dans l'entre-deux-guerres ; La Vie et le Soleil (1916), Hiltu et Ragwar (1923) et Silja (1931) ont également été traduits en français (1973).

A la même époque, Edith Södergran (1892-1923), de langue suédoise, souveraine dans Le pays qui n'est pas (recueil de poésie, 1925), vivait malade et isolée en Carélie, y accueillant les premiers signes de l'avant-garde du continent, nietzschéanisme, symbolisme, modernisme, pour devenir le premier poète moderniste du Nord et, peut-être, le premier en Europe.

Les années 20 voient aussi l'épanouissement d'un grand nombre de poètes finnois. Certains poursuivent leur oeuvre en usant des formes établies, d'autres, plus ou moins proches du mouvement des "Porteurs de Feu" , cherchent un renouvellement de l'expression. Une fraction d'entre eux formera dans les années 30 le "Kiila" , groupe d'inspiration politique, opposé au fascisme. Parmi les fondateurs des "Porteurs de Feu" figurait Mika Waltari (1908-1979), connu à l'étranger surtout pour ses grands romans historiques, dont le plus célèbre reste Sinouhé l'Egyptien (1954), et qui est aujourd'hui l'écrivain finlandais le plus traduit.

La littérature dramatique continue à être soutenue par les écrivains femmes : comme autrefois Minna Canth, Maria Jotuni (1880-1943) dans ses comédies satiriques et Hella Wuolijoki (1886-1954), d'origine estonienne, auteur du cycle dramatique de Niskavuori (1936-1953), pratiquent habilement la critique sociale. De Maria Jotuni a été traduit en français un choix de courtes nouvelles, Coeurs de Femmes (1929), qui sont autant de témoignages de la condition féminine. Dans cette génération d'écrivains femmes on remarque aussi Aino Kallas (1878-1956), qui puise ses sujets dans le passé des Pays Baltes, et dont La Fiancée du loup (1928) est également traduit en français.

Au cours des années précédent la Seconde Guerre mondiale, si Sillanpää et Waltari continuent à écrire, d'autres écrivains, comme l'éminent poète Aaro Hellaakoski (1893-1952), se taisent pour "renaître" après la tourmente.

Les années 50 égalent les années 20 en richesse, variété et promesses. Väinö Linna (1920-1992) obtient un immense succès avec son roman Soldats inconnus (1954), traduit en français, bientôt suivi par la trilogie Ici sous l'Etoile Polaire (1959-1962), qui retrace les destinées de trois générations de paysans et bouleversa l'historiographie finlandaise, en rendant notamment possible, enfin, la libre discussion sur les causes et le déroulement de la guerre civile de 1918 (les deux premiers tomes ont été traduits en français). La ville de Linna, Tampere, et tout particulièrement le quartier populaire de Pispala, ont été le berceau d'une "famille" d'écrivains à la force verbale prodigieuse : Pispala a vu naître, entre autres, Lauri Viita et Hannu Salama (né en 1936), romanciers et poètes.

L'autre grand événement des années 50 fut l'arrivée des premiers poètes modernistes finnois comme Eeva-Liisa Manner (née en 1921), Paavo Haavikko (né en 1931) et Pentti Saarikoski (1937-1983). Dans le même courant de renouveau artistique Veijo Meri (né en 1928) et Antti Hyry (né en 1931) parviennent à imposer un nouveau style de rose finnoise, plus aérée et moins épique que celle de leurs prédécesseurs.

Les années 60 et 70 ont été fortement politisées. Lapualaisooppera (1966) d'Arvo Salo (né en 1932), "oeuvre collective" du Théâtre des étudiants, consterna le monde culturel après avoir scandalisé une bonne partie du public "bourgeois" ; il s'agissait encore d'une "nouvelle interprétation de l'histoire", celle des années 30. Dans le même remous, quelques propos délirants tenus par un ivrogne au cours du Bal de la Saint-Jean (roman, 1964) de Hannu Salama provoquèrent un pénible procès pour "blasphème" à l'issue duquel l'éditeur et l'auteur furent condamnés. Après ces éclats méritoires la littérature, de plus en plus "engagée", sombrait dans un nouveau conformisme.

Face à la tourmente des pressions idéologiques, la majorité des prosateurs se réfugièrent dans le régionalisme, courant "recommandé". Demeurant à la périphérie septentrionale, imperméable aux diktats de la capitale, le jeune Timo K. Mukka (1944-1973) édifia dans une étrange fulgurance, un univers d'êtres primitifs tourmentés par les angoisses de religion et de sexe. Parmi ses romans Tabou (1965) a été traduit en français et le Film La terre de nos ancêtres (roman, 1964), tiré de l'un d'entre eux, a suscité l'intérêt du public français.

Le premier et le seul, grand prix littéraire, le "Finlandia" , créé en 1985, a été décerné à des écrivains très divers : poètes, romanciers, essayistes, aphoristes, tant finnois que suédois. Le premier écrivain lapon à obtenir une récompense importante est Nils-Aslak Valkeapää (né en 1943), lauréat en 1990 du Grand Prix Littéraire Nordique, distinction que cinq autres écrivains finlandais avaient reçue avant lui : Linna en 1963, Meri dix ans plus tard, ensuite Salama et Bo Caperlan (de langue suédoise, né en 1926) enfin, Antti Tuuri (né en 1944) en 1985 pour son roman Une journée en Ostrobothnie (1982).

 

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Aleksis Kivi

 

Berceuse (1)

Bocage ombreux, bois ténébreux :
Je t'y mène dormir au creux,
Mon enfant, d'un berceau de sable.

Heureux l'enfant dans l'au-delà,
Chez le maître de Manala,
de paître les troupeaux de l'ombre.

Heureux le tout petit enfant
Qu'embrasse et berce au soir tombant
La fille de la ferme obscure.

Heureux le bel enfant qui dort
Balancé dans un berceau d'or
A l'heure où l'engoulevent chante.

Sombre séjour, calme séjour :
Ni tourment ni trouble alentour...
Loin la méchanceté du monde.

Traduit du finnois par
Jean-Luc Moreau

 

1) N.d.T: Ce poème, mis en musique par Sibelius, reprend un thème de la poésie populaire. Il figure au dernier chapitre des Sept frères. Une première version, traduite par Jean-Luc Moreau, a paru il y a une vingtaine d'années, dans Bételgeuse.

 

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Tove Jansson

Prémonitions

Lorsque j'étais très jeune, il y avait, dans le village où j'habitais, une femme étrange qui s'appelait Frida Andersson. Frida vivait seule dans une petite maison, mais elle avait une fille et des petits-enfants en ville. Ils venaient parfois la voir en été, mais comme Frida était de plus en plus bizarre ils finirent par venir le moins possible.

C'est que Frida était possédée par la mauvaise conscience, c'était devenu une obsession et personne n'y pouvait rien. Quoi que ce soit qui aille de travers dans le village, elle s'imaginait que c'était de sa faute. Et quand les malheurs du village ne lui suffisaient plus, elle se tourmentait pour tout ce qu'on lisait dans le journal. Il n'y eut plus, dès lors, aucune issue à son angoisse : tout était de sa faute. Cela ne fit qu'empirer. Pour finir, elle passait tout son temps à pleurer, assise sur les marches, devant sa porte.

Je comprends que vous ayez du mal à me croire, mais les idées que Frida se faisait avaient beau n'avoir ni queue ni tête, elle devinrent pour elle une réalité amère. Impossible de lui expliquer, impossible de la convaincre et avec elle, les remontrances ne servaient à rien. Maintenant, après coup, je me dis que nous aurions peut-être dû accepter les idées folles de Frida, mais on ne l'a pas fait. Et comme personne n'a voulu l'entendre, elle a cherché à se consoler en prêtant foi à toutes les superstitions populaires ou traditionnelles : miroir brisé, couteaux posés en croix - de ces prémonitions, de ces signes comme il y en a à l'infini, à condition d'avoir l'oreille fine et de savoir s'ouvrir aux directives d'En-haut.

On aurait pu penser que Frida serait la victime rêvée des gosses du village, mais pas du tout. Ils étaient fascinés. Chaque fois qu'il arrivait un malheur, ces gosses se précipitaient chez Frida pour l'écouter raconter quelques détails horribles. Elle avait une imagination puissante et racontait vraiment à merveille.

Je crois que les enfants l'ont pas mal aidée, plus peut-être que ses prémonitions.

C'était l'époque de mes dix-sept ans et je savais, bien sûr, presque tout de la marche du monde avec, en moi, une envie évidente de contredire et de discuter. Et curieusement Frida m'a quand même aimée.

Nous passions de belles soirées d'été assises sur les marches devant sa porte, elle me racontait ce qui allait arriver, me mettait gravement en garde contre l'inévitable, la menace qui approche, approche et finit par trouver sa catastrophe qui doit toujours avoir une raison, une cause. Ironique, j'avais répliqué :

-Et bien sûr, la cause c'est toi.

-Naturellement, avait répondu Frida en me prenant la main. Sais-tu que vendredi matin un grand oiseau blanc est venu frapper par trois fois du bec contre la fenêtre de ma cuisine. Et alors, qu'est-ce qu'il est arrivé ? Un tremblement de terre en Californie!

C'était l'époque où je lisais des livres savants et je me suis lancée dans un discours où je parlai de se regarder dans la glace, d'identification mal venue et dieu sait quoi. Frida m'a regardée avec amitié, puis elle a fait non de la tête et elle a dit : Tu vas apprendre. Mais il faut du temps.

J'ai essayé de la tenter en lui parlant d'une visite de sa fille et de son petit-fils, en été, mais non, le petit-fils pouvait tomber dans le puits ou se noyer dans le marais ou une arête de poisson pouvait lui rester au travers de la gorge et l'étouffer. Là, j'en ai eu assez et je suis partie.

Cet été-là, on faisait sauter des rochers pour tracer une nouvelle route. C'était une entreprise de la ville qui exécutait les travaux. On entendait d'abord une sirène puis venait l'explosion. On s'y était habitué.

L'accident a fait grand bruit dans la région. Et personne n'y a rien compris : elle aurait quand même pu rester chez elle après avoir entendu la sirène - si elle ne croyait pas aux avertissements donnés par la commune, elle aurait quand même pu écouter ses prémonitions plutôt que d'aller se prendre une vulgaire pierre sur le crâne.

Je me suis rendue à l'hôpital et ils m'ont dit que je ne pouvais rester que quelques minutes. On ne voyait pas grand-chose de Frida sous tous ses pansements, je lui tenais la main et j'attendais.

Elle a fini par chuchoter: Hein, qu'est-ce que je disais. Tu me crois maintenant ?

-Bien sûr, Frida. Ça va s'arranger, tu verras. Repose-toi. Ne t'inquiète de rien.

Alors d'une voix claire et distincte, Frida m'a répondu : Exactement. Sais-tu que pour la première fois de ma vie, je ne suis pas inquiète. C'est merveilleux. Et maintenant, je vais un peu dormir. A bientôt.

Il y avait une foule d'enfants à l'enterrement de Frida. Ils semblaient tous attendre quelque chose. Mais il ne s'est rien passé d'extraordinaire à part un orage, plus tard, le soir.

Traduit du suédois par C.G. Bjurstrôm et Lucie Albertini, avec l'accord des éditions Albert Bonniers (Stockholm) Tove Jansson, 1991.

Tove Jansson est née à Helsinki en 1914.

Finlandaise d'expression suédoise, elle est connue comme auteur illustratrice de livres pour enfants, avec les aventures des Moumines. Romancière et conteuse, elle a publié de nombreux romans dont en français : l'Honnête tricheuse (Actes Sud, 1987), le Livre d'un été (Albin Michel, 1988), le Champ de Pierre, (L' Elan, Nantes, 1991), Moumine le troll (Nathan, 1994).

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