LA FONTAINE DE PETRARQUE
JOURNAL DE LA DELEGATION DU VAUCLUSE

Responsable de la publication : Marc Maynègre
Rédacteur en chef : Marc Maynègre

Abonnement gratuit : Marc Maynègre, 12 chemin de Malpeigné - 84000 AVIGNON

 

N°19 - juin 2007

 

 

Éditorial

 

… Ce n° 19 a le plaisir d'accueillir de nouveaux auteurs, ainsi Laurette Broussin, auteur et talentueuse chanteuse à qui Jean Ferrat offrit une chanson, Max Delugin et sa délicate poésie aérienne, et Guy Mondon qui nous dévoile le parcours tumultueux du si réputé marquis de Sade.

Nous retrouvons avec plaisir la suite attendue de l'article d'Alain Artus sur 1936, Un désir de Bonheur, et son judicieux conseil de lecture sur Marc Bernard, écrivain qu'il affectionne et sur lequel nous l'encourageons vivement à publier un ouvrage avec la précision et le talent qui est le sien. Jean Pierre Saltarelli, avec la méticulosité et la science de son propos, nous fait apprécier avec délectation l'élégant romancier romain que fut Pétrone.

André Pagés, avec son léger papillon de poète, s'interroge avec subtilité et sa malice coutumière aux fines allures de fable. Etre une plante, délicatesse, senteur et beauté, vivifiant hymne de Jérôme Marchèse. Raymond Verdier, à son habitude, nous ravit de sa pétillante, et cette fois pétaradante, écriture à laquelle ne manque que la musique et le plaisir de l'entendre toujours malicieusement l'interpréter. Les Coups de cœur de Françoise poursuivent leur invitation à la découverte. Pour ma part, Lina Bill me paraissait représenter l'énigmatique nom d'un personnage à qui on devait ce lever de voile, 70 ans après sa disparition.

Faisons en sorte que la Fontaine de Pétrarque ne connaisse pas le déplorable sort de feue la bibliothèque et qu'elle puisse continuer d'être ce lien privilégié entre les personnels de nos deux entités et bien au delà, avec tous ceux qui ont à cœur de préserver le savoir, la solidarité, l'amitié et la Culture... durable !!

Grand merci à tous pour la gentillesse et la chaleur de vos encouragements, que l'été vous soit agréable.

 

Marc Maynègre

 

 

 

 

NUMERO SPECIAL
700e ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE DE FRANCOIS PETRARQUE
(1304-1374)


Ce numéro est consacré à François Pétrarque sous la forme d'un dossier dont les auteurs sont Alain Artus et Marc Maynègre.


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"La part la plus considérale de la vie se passe à mal faire, une large part à ne rien faire, toute la vie à n'être pas à ce qu'on fait. Me citeras-tu un homme qui attribue une valeur réelle au temps, qui pèse le prix d'une journée, qui comprenne qu'il meurt un peu chaque jour".

François Pétrarque
Lettre à Lucilius 1, 1-2.
(Cité par Ugo Dotti dans "Pétrarque")

EDITO
Un journal sous l'éclairage de François Pétrarque par Alain Artus

Au printemps 1996, un petit groupe d'amoureux de littérature, réunis au sein d'une association de personnel, la Société littéraire de La Poste et de France Télécom, décidaient de créer un petit journal culturel, en toute modestie et avec la satisfaction des plaisirs simples. Il fallait donner à ce journal une orientation culturelle et "philosophique". La sensibilité de ces quelques amis, qu'unissait la passion de lire et d'écrire, était "humaniste".
Que signifiait pour eux ce mot, Humanisme ?
Il signifiait liberté d'expression, esprit critique, indépendance intellectuelle, volonté de dialogue, capacité de compréhension, tolérance, rejet de tout dogmatisme, émancipation de l'homme, progrès social, ivresse de connaissances, connaissance de l'Homme... Ce journal serait donc le reflet de ces aspirations. Quel merveilleux programme !...

... Que le message de François Pétrarque, porteur de liberté, de culture, de rapports humains harmonieux, de paix et... d'Amour, nous fasse réfléchir. Je vous conseille donc la lecture de quelques textes de ce grand Humaniste : Mon secret (Ed. Rivages Poche), La vie solitaire (Ed. Rivages), Le Canzoniere (Gallimard Poésie), Lettres de Vaucluse (Ed. M. Petit), L'ascension du Mont Ventoux (Ed. Mille et une nuits), Lettres familières aux amis (Ed. J. Millon).

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François Pétrarque (1304 - 1374)

Son séjour dans le Vaucluse ou la naissance de l'Humanisme
    Une famille en exil
    Avignon comme terre d'accueil
    Carpentras, première étape provençale
    L'étudiant en droit
    Le retour à Avignon
    Une Dame nommée Laure
    Un grand projet
    La mise en oeuvre de l'Humanisme
    Fontaine de Vaucluse : le Refuge

La portée de l'oeuvre de François Pétrarque

François Pétrarque, Poète et Humaniste... fiction ou réalité ?

François Pétrarque, homme et poète : lignes de vie

Sources : Fontaine de Vaucluse, Claude Léone-Chanot, Ed. A. Barthélemy, 1990
La chartreuse de Montrieux, Raymond Boyer, J. Laffitte, 1980
Pétrarque en Vaucluse, André Ughetto, Les Carnets du Ventoux n° 43, avril 2004
Pétrarque, l'ascension du mont Ventoux, Jérôme Vérain, Mille et une nuits, 2001
Référence aux oeuvres de François Pétrarque : Le Canzonnière, Familaires, Seniles, Confessions

La louange de Laure et de Pétrarque, Paul Verlaine

Laure de Noves

 

SONNET XXXV
Solo  e pensoso i più deserti campi

C' est le sonnet de la solitude et du dialogue intérieur, un parmi les plus célèbres de Pétrarque. On en a souligné la situation psychologique annonçant celle des romantiques. Comme toutes les compositions de Pétrarque, c 'est une poésie qui démontre de la subtilité, de la sensibilité. La composition procède par images, celles-ci étant soutenues par l' émotion profonde des contrastes et par la sonorité du vers, tantôt fluide, tantôt
rêche.

Solo e pensoso i più deserti campi
vo misurando a passi tardi e lenti;
e gli occhi porto, per fuggire, intenti,
ove vestigio uman l'arena stampi.

Altro schemlo non trovo che mi scampi
dal manifesto accorger de le genti;
perchè ne gli at ti d'allegrezza spenti
di fuor si legge com'io dentro avampi:

si ch' io mi credo omai che monti e piagge
e fiumi e selve sappian di che tempre
sia la mia vita, ch'è celata altrui.

Ma pur si aspre vie né si selvagge
cercar non so, ch'Amor non venga sempre
ragionando con meco, ed io con lui.

 

Seul et pensif, les champs les plus déserts
Je vais arpentant, à pas lents et hésitants;
et je maintiens un regard attentif, pour fuir
les lieux qui portent l' empreinte de pas
humains.

Je ne trouve d'autres abris qui me protège
de la claire connaissance que tous ont, en
me voyant, de mon état;
                           car à mon apparence, où
toute joie est éteinte,
Dehors on lit comme dedans je brûle. (1)

Ainsi je crois désormais que les monts et
les plaines,
les fleuves et les forêts savent de quelle
nature
est ma vie, que je cache aux autres.

Mais cependant je ne sais pas trouver
de chemins si âpres et si sauvages
qu'Amour
ne vienne raisonner avec moi et moi avec
lui. (2)

(1) Je brûle d'Amour
(2) Pétrarque et Amour parlent
évidemment de Laure.

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N° 16

SPECIAL JEAN-HENRI FABRE
(1823-1915)


La statue de Fabre à Sérignan du Comtat

Sommaire

Editorial
Jean-Henri Fabre (1823-1915), par Marc Maynègre

Jean-Henri Fabre, l'homme de culture, l'artiste, par Alain Artus

L'Harmas : un grand projet, par Marc Maynègre

Journées d'un entomologiste, par Françoise Maynègre

Poésie : Canicule de Sylvain Brune

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François Pétrarque
Poète et Humaniste... fiction ou réalité

 

Ecrire, aujourd'hui, un article sur la vie de François Pétrarque, ou sur un fragment épisodique de celle-ci, et prétendre innover dans l' information, relève de la gageure, tant de pages ayant déjà été noircies sur le propos.

A leur examen d'ailleurs , l'élément qui ressort avec le plus de constance sur celui qui fut couronné à 37 ans des lauriers de la gloire poétique, et dont pourtant,
d'éminents chercheurs et historiens ont retrouvé les traces, c'est, Ïncontestablement, la somme considérable des questions toujours sans réponse concernant les faits des évènements qu'il a réellement vécus .

Il existe une multitude d'interprétations selon que leurs auteurs soient pro ou anti- Pétrarque.

Cependant, trop nombreux sont ceux qui n'étayent, hélas, leurs hypothèses d'aucune certitude vérifiable, ne faisant ainsi qu'alimenter la trop longue liste des
polémiques et des interrogations perpétuelles .

Par exemple, nous savons que Pétrarque eut deux enfants, Giovanni né en 1337 et Francesca, née six ans plus tard. Mais le nom de leur mère reste à trouver

De même, la fameuse ascension du Mont Ventoux le 26 avril 1336 , que Pétrarque a pourtant soigneusement décrite dans la lettre qu' il adressa le soir de cet exploit à son confesseur et ami le moine Dionigi da Borgo San Sépulcro, et dont on retrouve l' indication dans le recueil Des Familières (4e lettre du 1er livre) . Il semble bien que celle-ci fut en réalité « remaniée », en tout cas « réécrite » huit ans au moins après cette conquête... Mais s'est -elle seulement effectivement produite...
comme en doute le docteur Pansier ...??

Et que dire de l' identité de LAURE... ? Qui interpelle toujours autant les historiographes, et avec quelle fougue parfois! !

Cela importe t-il vraiment d'obtenir les réponses exactes à ces questions ?
Aux yeux de l'historien, oui! bien sûr !!

Mais n'est-ce pas vaine fatuité au regard de la poésie, du romantisme et du souvenir de François Pétrarque lui-même ? Lui, qui plaça La Culture en admirable charnière du Médiéval à la Renaissance faisant d'elle une exceptionnelle médiation entre le passé et l'avenir de cet irréversible élan de l'Humanisme !!

Quand on sait l'admiration de Pétrarque pour les auteurs antiques, qu'il a longuement étudiés, parfois traduits, Ovide, Horace, Virgile, Sénèque, Tite-Live , Cicéron, Platon (Pétrarque ignorait le grec ), tous remarquables narrateurs à l'éloquence riche et imaginative, privilégiant la dialectique; comment ne pas considérer qu'il ait eu le désir de, sinon s'identifier à eux , du moins se convaincre qu'il en était très proche , comme en témoigne assurément la datation ultérieure de la lettre sur l'excursion
du Ventoux ,qu'il fait ainsi coïncider avec l'âge de saint Augustin au moment de sa propre converslon .

La passion des mots, de l' écriture, de la recherche permanente d'une précision allégorique, n'a-t-elle pas pris le pas sur la conquête effective de ce géant défiant tous les regards de son inabordable domination, jusqu'allors pratiquement inviolée... ??

Une pareille victoire ne représente-t-elle pas pour lui, plus que le symbolique étendard qu'aurait brandi un Scipion ou un César glorieux, la véritable connaissance de soi... des hommes... et surtout de Dieu !!

L'immatérielle et mystérieuse Laure du Canzonnière est, d'évidence, l'émouvante explosion écrite d'un merveilleux amour intemporel, qui a su vaincre les siècles pour qu'aujourd'hui, de ce fabuleux poète, pourtant inlassable négociateur contre les guerres, trop souvent seul, cet extraordinaire amour en reste l'essentielle référence.

C'est ainsi que, de cette liaison verbale devenue quasiment commune : Laure et Pétrarque - Pétrarque et Laure, on finit tôt ou tard par s'interesser de plus près à eux, donc au poète, à l'homme, au savoir, à la connaissance, et à suivre, n'en doutons pas, les repères qu'il a judicieusement disposé pour qu'invariablement nous allions de l'amour à la sérénité !

Quel puissant et talentueux message de Paix !!

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