Missives est la revue nationale, elle est adressée à tous les adhérents :

Chaque année, paraissent 4 numéros :

Que vous soyez adhérent ou non, une de ces revues vous intéresse, contactez-nous

 

 

 

 

 

 


Missives n°254 - septembre 2009


 

 



ill. : Sonia Prieto, Multiple Brésil
(montage de l'artiste)

 

 

 

Sommaire

 

Art : Rencontre avec Sonia Prieto, peintre et historienne d'art

Poésie : L'Irak, Sargon Boulus et Abdul Kader El Janabi

Les pages des adhérents
     Hommage à Jean Chevalier

Poésie, prose

• Orage ; Rondel pour George Sand
           • L’amertume ; Le monde va mal par Gérard Honoré
            • Mise en bouche ; Pour des yeux réséda ; Aphorismes par Serge Maisonnier
            • La nuit tous les chants sont gris par Jean Gennaro
           • Le jardin d’en face par Mireille Gardon-Traboulga

 Travaux de l’atelier d’écriture d’Anne Kail :

            • Le chapeau par Roselyne Prost
            • Le ravak par Jean-Pierre Parra
            • La défense du chausson par Danielle Casanova
           • Roule la vie par Denise Berthet

COUPS DE COEUR

VOS PUBLICATIONS

 

 


Missives n°252 - mars 2009




ill. : Jean-Pierre Nadau, Papilions, 2005

 

 

Sommaire

 

Art : l'univers onirique de Jean-Pierre Nadau

Concours littéraires
Palmarès, règlement

Textes des adhérents
    Le pélican et le poisson lune de Jean-Pierre Parra
   Le handicap majoritaire d'Agnès Calbo
    Vous avez dit bizarre ? : Raymond Roussel (1877-1933)
d'André-Michel Duval

Littérature : France/Brésil : Adalberto de Oliveira Souza
   Le Brésil dans l'oeuvre de Blaise Cendrars
  
Poèmes

VOS PUBLICATIONS

 


Missives n°251 - décembre 2008




ill. : Christian Duc (sans titre, pastel gras)

 

 

Sommaire

 

L'art à La Poste : rencontre avec Christian Duc

Carnet de voyage :
Balade en Bourbonnais par Denise Paris

Hommage :
Mahmoud Darwich, l'entreprise de l'espoir par Anne-Marie Bence

Textes des adhérents
    Hommage à Lucienne Houdouin :
   Lettre de Denis Gout à son amie, lettre de Jacqueline Clec'h
   Ecart de conduite
par Emmanuelle Urien
   Bordeaux, Corrida...corrida, L'odyssée ovale
par Alexandre Pache

VOS PUBLICATIONS

 

 


Missives n°250 - septembre 2008




ill. : En Bouriatie, photo Claude Pandar

 

 

Sommaire

 

Assemblée générale : compte rendu par Claude Cagnasso

Concours littéraires - Oeuvres primées :
  Le coq de madame Tine par Olivier Chaboy (2e prix de prose)
   Un jour, maman est partie par Gaëlle Tanguy (3e prix de prose)
  La vanité des mots par René Paloc (1er prix de poésie)

Carnet de voyage :
Voyage en Sibérie par Claude Pandar

Textes des adhérents
    Ouvrir une fenêtre par Jean-Claude Puéo
    Bagdad par Mohamed Ben Ouirane
    Rapsodie d'automne sur une mélodie d'Antonio Vivaldi
    par Marie-Agnès Tridon-Salehzada
    Le refuge par Michelle Pétigny
   Je suis un O.G.M. par Claude Cagnasso
   L'angoisse ; Supplique ; Nocturnes ; Passé sous silence
    par Nicole Denier

Poésie : Ferruccio Brugnaro

VOS PUBLICATIONS

 


Missives n°249 - juin 2008




ill. : Aurora, Alys

 

Sommaire

 

Voyage en peinture : l'imaginaire d'Alys

Littérature : A bâtons rompus avec Xavier Bazot

Concours littéraires 2007
        Palmarès
        1er prix de prose : L'homme au manteau par Denis Gout

Hommage :
        In memoriam : Pierrette Sartin par Jehan Despert

VOS PUBLICATIONS

 


Missives n°247 - décembre 2007




ill. : Voyageur des nuages,
Hector Hernandez Rubilar

 

Sommaire

Hommage à Pierre Osenat par Michel Martin de Villemer

Hector Hernandez Rubilar : présentation

Exposition Marc Pessin au coeur de l'écrit au Musée de La Poste : Inauguration en photos

Prose, poésie : les pages des adhérents

Essai : Marc Bernard par Alain Artus

Carnet de voyage : Yunnan éternel par Denise Paris

VOS PUBLICATIONS

 


Missives n°245 - juin  2007



miss245.jpg (16790 octets)
Cascara de Atacama
Graciela Ramos Ramirez

 

 

Sommaire

 

Hommage à René Guérin
Témoignages de Lucette Lecoûtre, Alain Brosseau, Dominique Bodiot, Christian Sulfourt, Monique Lemaire, Claude Cagnasso, Gérard Large, André Pagès.

POÉSIE

Entretien avec Henri Meschonnic, propos recueillis et introduits par Antoine Jockey

Traversée de Kay Strange Aura
          Extraits du recueil

VOS PUBLICATIONS

 

 


Missives n°244 - mars 2007
Numéro des adhérents



 

Arc-en-ciel de l'innocence
Hector Hernandez Rubilar

 


 

Sommaire

 

 Éditorial de Bernard Rautureau

 Hommage à André Darrigrand

 Concours littéraires
           Palmarès
           Oeuvres primées
La galatée est de retour par Bernard Catalan
L’enfant et l’oiseau par René Paloc
Les noix par Georges Caron

Textes des adhérents
Souvenirs d’occupations ! par André-Michel Duval
Beau clown, Histoire vécue par Marc-Yvon Golomer
Rue Jabal El Arab, Déjeuner, Langue paternelle, Révolution par Régine Zeidan
Matin froid
par Francine Estier
Les cahiers de mémoire, Le porteur de mémoire, Le petit paradis, Le soleil              des solitudes, par Christian Malaplate
Aux sources par Mohamed Ben Ouirane

Vos publications

 


Missives n°242 - septembre 2006
Numéro des adhérents



 

 


Venise, Marie-Louise Merck
(objectif image)

 

 

Sommaire

Retrouver l'Océan d'Henri Raynal,
lu par Belinda Cannone et Mona Chollet

Textes des adhérents

Forêt des Pauvres - carrefour de l'Oubli
par José Dufossé
Les Mots par Pierre Breuil
Le Lama Blanc par Christian Malaplate
La lettre par Paule Lemaire
Carnets de l'aube par Jean-François Denier
La chambre de l'espoir par Yvette Grémillon
Sur le sable du temps par Christine Raffier
Barbiblanco par Pau Bassol
Le "transitor" par Jean Mandrou
Joyeux anniversaire par Eléonore Schortgen
Cure de... jouvenceaux, La traviche, Revenu...
par Olivier Delau
La clarté des pierres par Jean Gennaro

Annonce de concours

Vos publications


 


Missives n°241 - juin 2006
spécial centenaire (2e partie)



 

 


 

 

Sommaire

 

Souvenirs d'un vétéran par Didier Douarche

L'écrit au fil du temps

Les inconnus sans coeur par Léon-Etienne Henry
Le journal par Georges Caron
Fantasmes littéraires par Guy Chalumeau
Naufragé solitaire par Casimir Larigot
Le petit chien noir par Geneviève Gautier
Le garçon au saxo par Jacky Ferjault
l'hort ou Le Jardin d'Emillien
Désenfantement par René Bellon
Le ruban noir par Armand cabasson
Le Pistonné par Robert Lasnier
Ginette Durand par Alice michel

Vos publications

Coup de coeur : Une odeur de gingembre d'Oswald Wynd,
Ed. Quai Voltaire, 2004


 


Missives n°240 - mars 2006
Numéro des adhérents



miss240.jpg (6914 octets)

 

 


miss240b.jpg (4728 octets)

 

 

Sommaire

 

Illustrations de couverture : Verbena
  Le retrait et l'accueil par Henri Raynal

 

Olivier Delau, lauréat du prix Missives 2004
  Entretien
  Ecrits
    Cette lâcheuse de Greta, inédit
    Bitouille, extrait de Lianes (prix Missives)
    Dans le bois que la nuit..., extrait d'un recueil de poésies

 

Concours littéraires 2005
 Palmarès
  œuvres primées
    L'envol de Sylvie Macquet-Billot, 1er prix de prose
    L'enfant monstre de Denis Gout, 2e prix de prose
    Fiat Lux de Gérard Machy, 3e prix de prose
    Le temps d'écrire de Maryvonne Briand, 2e prix de poésie

 

Textes des adhérents
   Roman inachevé..., Georges Mekki-Kaddache
    Théâtre, Evelyne Timmer
    Oh ! chère terre de mon enfance,

Violaine L'Espicéenne
   L'armoire ; Lui, Nicole Denier
    Rêve d'ailleurs, Pierrette Cherbonnier

Missives n° 239 - décembre 2005
Spécial centenaire

L'écrit au fil du temps



 

miss239.jpg (8395 octets)

La Vallée aux Loups, 17 octobre 1948
Photo : André-Michel Duval


 

 

 

Sommaire

 

Avant-propos par Bernard Rautureau

Témoignage par André-Michel Duval

L'écrit au fil du temps :

choix de nouvelles
L'écriture mise en scène :
un événement littéraire en 3D
Zig-zags dans l'oeuvre d'Henri Raynal

Anecdotes postales

Missives n° 238 - septembre 2005
numéro adhérents



 

miss238.jpg (4973 octets)

Jacques Simonomis
dessin de Pierre Cayol


 

In memoriam - Jacques Simonomis

TEXTES DES ADHERENTS

Chute et conséquence
Bonjour Mélani
e par Régine Zeidan
La méduse par Marie Rosse
L'overdose par Henri Ducros
Etrange affaire par Anne de La Jaunière
Les chats par Robert Lasnier
Les cinq sens ou Le chêne par Frédéric Strugacz
La paix par Pierre Lenormand
Son dernier rêve par Viviane Sontag
De Lao Tzeu à la physique quantique... par Pau Bassol
Marie par Pauline Schnoebelen

CONCOURS LITTERAIRES

Le Prix Missives a été décerné à Olivier Delau pour son recueil de nouvelles Lianes publié aux éditions l'Atelier du gué

VOS PUBLICATIONS

COUPS DE COEUR

 

Missives n° 237 - mars 2005

 

 

 

 

illustrations : Reiner Kunze, mail art

 

 

 

Disparition de Ginette Bessière
et de Jacques Simonomis

Littérature
Reiner Kunze par Mireille Gansel
21 variations sur le thème « la poste »
Le cerf-volant Jacob
par Reiner Kunze
Pablo Neruda : exposé de Luis Del Río-Donoso

Cultures et sociétés
Les Mapuches par Luis Del Río-Donoso
Quand l'histoire se répète: le destin chaotique des Sud-Slaves par Bernard Le Calloc'h

Concours littéraires 2004

Palmarès
Oeuvres primées

Shrapnel
par Jean-Paul Didierlaurent

La maison du poète
par Georges Caron

Le langage d'étoiles
par Christian Breswillwald

La poste
par Pierre Lenormand

La vérité
par René Paloc

Concours littéraires 2005
Règlement

À signaler
Ô Verlaine ! de Jean Teulet par Anne-Marie Bence

Vos publications


Missives 236 - décembre 2004

Numéro des adhérents

 

 

Bruno Cortot, La corvée
huile sur bois

 

 

Sommaire

Ginette Henry - En mémoire

Textes des adhérents

Centenaire de la naissance de Dali, Bernard Fatoux
La montée vers les neiges éternelles, Christian Malaplate
Insomnie, René Bellon
49, rue de Reménauville (Prix Découverte 2004), Michel Charbonnel
Avec élégance, Bernard Fouchaq
Pilote de nuit / Le long jour à Conflans, Jean Gennaro
Au pont de Loire, Philippe Landry
Les endives / Les portemanteaux, Robert Lasnier

Vos publications


Missives 235 - septembre 2004

Ecritures et paroles de la Volga

 

 

 

 

 

Sommaire

Entretiens

Théâtre / Courtes pièces

Poésie, prose brève et romans (extraits)...

 

 

 

 

Photo de couverture : Biennale Internationale de Shirayevo 2001 : entre Russie et Europe d'après le projet Le baiser de Vanessa Henn & Erbolsyn Meldibekov
© Centre d'Art Contemporain de Samara


Missives 234 - juin 2004
COOLITUDE

Sommaire

 

 

 

"Les émigrés qui avaient complété leur contrat d'engagement devaient le porter en permanance sur eux, afin d'éviter le harcèlement de la police. Voici le contrat de Teeluck, un coolie du Bihar."

Tous nos remerciements à Sobha qui nous a fourni les photos.

 

 

Textes de Loys Masson, Edouard Glissant, Khal Torabully

Avant-propos, Josette Rasle
Textes de Mahadai Das, Ananda Devi, Khal Torabully, Nathacha Appanah-Mouriquand

Coolitude - Histoire et poésie : et si les deux tissaient le monde ? Marina Carter

Texte de Abhimanyu Unnuth

La coolitude : l'histoire et l'humain (Extraits) Doudou Dienne

Textes de V. S. Naipaul, Shiva Naipaul, Nathacha Appanah-Mouriquand, Loys Masson, Raphaël Confiant, Achmat Dangor

Coolitude : Poétique du Divers, Khal Torabully

Textes de Khal Torabully, Idriss Issop Banian, Ismith Khan, J.M.G. Le Clézio, V.S. Naipaul, Ananda Devi, David Dabydeen, Jean-Régis Ramsamy

Table ronde, intervention de Hubert Gerbeau

Textes de Raphaël Confiant, Marcel Cabon, Gilbert Gratiant, Amal Sewtohul

Quelques prémisses théoriques de la coolitude

Extraits de l'entretien entre Khal Torabully et Marina Carter
texte de Maryse Condé

La coolitude ou la traversée des imaginaires... par Véronique Bragard

Texte de Salman Rushdie

Entretien avec Sanedip Bhimjee

Texte de Edouard Glissant

 

 


Missives 233 - mars 2004
Numéro des adhérents
Sommaire

illustrations : Frédéric Prieur
1ère de couverture
Antibes, huile sur toile

 

4ème de couverture
Eden II


A signaler
Recherche...

Concours littéraires 2003
   Palmarès
Concours littéraires 2004
   Règlement
Oeuvres primées
   La "der des der" par Gilles Le Mené
   Hippolyte, petit vieux par Denis Gout
   Le Midi à ma porte par Claude Caumel
   Poèmes par Christian Malaplate

Textes des adhérents

Quelques grandes figures
   Alexandra David-Néel par Michel Salado
   Voltaire, un drôle de paroissien par R. Montcharmont
Souvenirs de voyage
   Atchaïvaïam, village tchouktche... par Denise Werlen

   Poèmes par Marie Rosse
   La tortue par Guy Sembic
   Le miroir par Micheline Vaudenay

Vos publications
Cette rubrique présente, sauf exception, des ouvrages récemment publiés par nos adhérents et nos collaborateurs

 



Missives 232 - décembre 2003
Numéro des adhérents

Sommaire

Essais
Ÿ Le temps est une lassitude que nous assumons...
Eduardo Mallea

par Jacqueline Crespy

Ÿ Victor Hugo de Max gallo
par Louis Boulet

ŸVenise par Christian Malaplate

 

 

miss232.jpg (4901 octets)

 

illustration de couverture :
Catherine Castellon, (Objectif Image), mur à Hué (Vietnam), 1994


Nouvelles, récits, pèmes...
Ÿ L'évacuation par Charles Baur

Ÿ Les dix commandements de l'opératrice par Jacqueline Clec'h

Ÿ Dans la diversité par Jean Guibal

Ÿ La dame qui voyageait
par jean-Louis Pello

Ÿ L'aventure par Paule Lemaire

Billet du Théâtre-Club
Ÿ André Degaine

Vos publications
Cette rubrique présente, sauf exception, des ouvrages récemment publiés par nos adhérents et nos collaborateurs

 

 


Missives 231 - septembre 2003
Numéro des adhérents

Sommaire

 

llustration de couverture :
Fleur de Camélia,
Carole Gaillard, 2003

 

 

Carole Gaillard travaille à La Poste. Elle est membre de l'Association Calligraphie
6 rue Visconti - 75005 Paris

 

Dossier
Atelier d'écriture autobiographique

Présentation par Anne Kail

Textes de Francine Estier, Jacqueline Drouhot, Simone Sébastien, Marie-Claude Pommier, Régine Zeidan, Christine MF, Pierre Terrien, Paule Lunven, Françoise Richard, Brigitte Jaussaud, Michèle Pétigny, Frédéric Prieur, Claudette Seres, Agnès Perrot, Anne Eliezer, Micheline Vaudenay

Essai
Paul Celan par Jean-Paul Gavard-Perret

Nouvelles et récits
Nicolas et la France profonde par Jacques Chaplin
Il était une fois... par Anne Eliezer
Zeph par Léo Lamarche
Nelson par Jean-Michel Chastaing

Un peu d'histoire
L'année de l'Algérie par Guy Sembic

Oeuvres primées
Angoisse aux Chèques Postaux
par Françoise Trécourt
Ode à Bacchus par René Paloc

Billet du Théâtre-Club
André Degaine

Vos publications
Cette rubrique présente, sauf exception, des ouvrages récemment publiés par nos adhérents et nos collaborateurs

 

 

 

 

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René Paloc
Ode à Bacchus

Que serait le manger, s'il n'existait le boire ?
Et qu'ils sont sots, ceux-là, qui se font une gloire,
Évoquant quelque triste raison puritaine,
De n'avaler jamais que de l'eau de fontaine.
Boire pour s'enivrer serait inacceptable.
A quoi peut bien servir de rouler sous la table
Et, pour se réjouir, sombrer dans le néant ?
Ou de l'ivrognerie, trouver l'esprit séant ?
Savoir boire est un art, subtil et respectable,
S'agissant d'honorer un flacon vénérable
Dont on pourra saisir l'arôme évanescent
Que l'on tenait captif. Du terroir, tout l'accent.
Du vigneron, l'amour, mieux, la vénération
Pour le sang de la vigne et pour la tradition.

Et de chaque saveur, dans sa magnificence,
Retrouver tout le sel, tirer la quintessence,
En faisant que le nez, pour peu qu'il en soit digne,
Respire en connaisseur, des parfums, chaque ligne.
D'un ange ou d'un démon, où est la différence,
Il peut être le juge ou bien la référence.
Sachant rendre joyeux, ou triste, quelquefois,
Le pire et le meilleur il est tout à la fois.
Voué aux gémonies par les buveurs de flotte,
Culs serrés, culs cousus, privant ainsi leur glotte
De caresses, de joies, enfin, de jouissance,
Qui jaillissent en larmes de reconnaissance
Chez les buveurs de vin, rendant grâce à sa gloire
A travers les couplets de leurs chansons à boire.
D'ailleurs, le fils de Dieu lors d'un fameux repas,
Délivrant un dernier message, n'a-t-il pas
Révélé aux apôtres que son sang divin,
Désormais, se boirait tel un verre de vin ?
Et puis, vit-on jamais quelque cérémonie,

Qui se soit déroulée en parfaite harmonie,
Sans que l'on trinque ensemble à la joie, au bonheur,
Qui font l'essentiel de tous les vins d'honneur ?
Mousseux, pour les tricheurs qui l'appellent Champagne,
Simple verre de blanc, servi à la campagne,
Canon de rouge épais, gris, rosé ou piquette,
Pour les rupins, les grands, crus de noble étiquette
A l'heure où, dans un monde pourri, sans visage,
On a perdu le sens de la vie, des usages,
Quel prophète arrivant du fond de l'univers
Viendra, pour délivrer son message en deux vers :
Quand pissent les tonneaux, on voit rougir les trognes
Et la joie, s'installer partout et sans vergogne. »
Si l'on n'entend cela, sur des pays détruits
Vont mourir des vergers, ne portant plus de fruits !
Et l'automne viendra, chanteront les matins,
Nul ne vendangera des vignes... sans raisins !

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Françoise Trécourt
Angoisse aux Chèques Postaux

(extrait)

Depuis tant d'années...
F. se remémora avec quelque nostalgie son environnement d'alors... La jeune fille en jupette ras-des-fesses attisant les regards masculins, l'ancienne« chèquarde " déambulant avec sa longue blouse bleu terne, le jeune cadre débordé grillant cigarette sur cigarette, le bouliste tirant son mini caddie plein d'enveloppes disparates... Une vie routinière et tranquille sans rien de vraiment marquant.
Pourtant... elle repensa soudain à cette histoire incroyable mais véridique qui avait bouleversé tout l'immeuble...
Mois de mars, vendredi 13. Jour propice à l'anxiété. Déjà ce matin, les alarmes avaient retenti, impératives et lancinantes. Encore un exercice d'évacuation! Utile, certes, en cas de vrai problème, mais le temps est maussade, la pluie crachouille et vous pénètre. Une petite sortie obligatoire mais pesante.
Mathilde fait des horaires de matinées. C'est chouette les après-midi libres, même si on se lève tôt chaque matin. Mais le retour du vendredi, pénible! Encore heureux quand on n'est pas de samedi le lendemain! Sinon, il faut tout le week-end pour récupérer.
Ce vendredi, donc, Mathilde est de service toute la journée, jusqu'à 18 heures ... Sa copine d'à côté, Sylvia, fait la brigade. Elle est de l'après-midi avec elle. C'est déjà ça. Elles sont inséparables, partagent le même appartement et aiment bien être ensemble.
La matinée avait été harassante: des courriers compliqués et ce téléphone sans arrêt... Certains clients seraient à battre... La coupure de l'après-midi arrivait enfin !
Vers 15 h, un peu avant la pause, Sylvia annonce qu'elle va à la cave faire une recherche pour un chèque. A 15 h 30, elle doit retrouver Mathilde à la cafétéria pour reprendre des forces et se détendre un peu...
15 h 25 -Mathilde sort du service et va attendre sur le palier du 5".
15 h 30, 35, 40... Sylvia n'est toujours pas remontée.
Mathilde hausse les épaules et pense que sa copine, incorrigible bavarde, a rencontré une connaissance dans les sous-sols où sont entreposées les archives et papote sans plus penser à se restaurer.
Tant pis pour Sylvia ! Mathilde a une petite faim et besoin d'un café serré pour tenir jusqu'au soir. A la cafétéria, elle discute avec d'autres collègues et passe un bon moment.
16 h -Il faut retourner au boulot. Plus que deux heures! Peut-être un peu moins si la chef est bien lunée et veut bien la libérer un peu plus tôt. Ça lui permettrait de faire une ou deux courses en rentrant.
16 h 15- Sylvia n'est pas dans le service. Sans doute est-elle allée directement au café.
16 h 30 -Toujours personne. Bizarre, la cafétéria ferme à 16 h 30. Sylvia a sans doute été retardée et prend une boisson au distributeur du 3e.
16 h 45 -Mathilde commence à s'inquiéter vaguement.
D'un coup, remontent en elle la frayeur et le malaise de ses débuts, voici bientôt dix ans ...Quand cette fille bizarre avait « pris » trop de médicaments et ne s'était pas réveillée ou l'autre caractérielle qui était "tombée" du ttrain en rentrant dans le midi chez ses parents. L'ambiance était vraiment morose et suicidaire à l'époque. Mais depuis, les services clientèle s'étaient développés et le travail était devenu plus attrayant... malgré quelques inconvénients, comme ce satané téléphone !
17 h -L'angoisse monte et Mathilde avise son chef d'équipe du problème…

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Ismith Khan

 

 

L’extrait qui suit, de L’oiseau zombie, met en ligne de mire l’éducation coloniale qui éloigne les enfants du fier Pathan Kalé Khan de son Inde atavique. Khan dit la nécessité de conserver la mémoire du pays d’origine, en vue de lutter contre une acculturation menaçante, au service d’un système économique oppressif. L’auteur souligne le pathétique de la situation…

(…) « Nous aut’les vieux, on sait ce qui est arrivé vraiment-vraiment. Vous vous souvenez du conte de fées qu’ils avaient répandu en Hindoustan ? Tant-tant de travail, et puis de l’argent vite-vite-vite pour retourner à la maison riches-riches ! Vous vous souvenez comment vous vous êtes sauvés de vot’famille ? Vous qui n’aviez jamais tenu un coupe-coupe entre vos mains avant, mais vous étiez des jeunesses, et pour montrer à vot’manman et à vot’papa que vous étiez devenus des hommes, vous avez couru ici, le soleil pour vous lever, un boulot à vous tuer, la pluie pour vous bercer, et vous rappeler les jours de l’Hindoustan.

Nous aut’les vieux, on se souvient comment ça s’est passé. Que’que fois, on oublie, mais c’est vos enfants qui doivent apprendre à lire et à écrire. Lire l’histoire de vot’prop’peuple ! » clama-t-il à la foule rassemblée dans la savane d’Arima.

Comme des lucioles, des marchands ambulants avaient installé des étals de boustifaille. Le rassemblement avait tourné à la fête, et l’air était chargé d’un optimisme qui semblait mort depuis des années. Dans les rictus éclairés par les flambeaux alors que le vieux parlait, l’espoir renaissait, des visages qui n’avaient pas souri depuis de longues années éclataient comme si une nouvelle vie s’était introduite dans les vieux replis et rides.

« Combien d’entre vous savez pourquoi ils ne nous ont pas permis de voter pendant si longtemps ? Savez-vous ? Parce que seuls ceux qui savent lire et écrire en anglais en ont eu le droit ! Maintenant, dites-moi, vous croyez qu’ils savaient pas qu’il n’y avait qu’une poignée d’entre nous à savoir lire et écrire not’nom en anglais ? Les lois ont été faites pour nous écraser… Ils servent à faire le sucre, rapporter de l’argent, et après, ils vous disent que vous pouvez faire ce qu’il vous plaît. Qui – dites-moi, qui – a amassé assez d’argent pour se payer le retour en Hindoustan ? »

(…) Le nom de Kalé Khan fut sur toutes les langues de cette génération qui n’avait que vaguement entendu parler de lui, croyant qu’il était retourné en Inde ou avait tranquillement disparu. Il surgissait des ombres et de la nuit avec toute la vigueur de la flamme qui s’était réfugiée dans des braises engourdies. Il leur avait insufflé la vie comme chaque matin sur son réchaud à charbon. Doucement d’abord, pour ne pas l’éteindre pour de bon. Puis, quand il avait senti battre le cœur des gens, il s’était rendu finalement à Princes Town. En marchant à travers la vieille capitale du sucre dans le sud, il sut que ses paroles touchaient des aspirations oubliées. Il y avait dans les rues tant de chaleur que les forces de l’ordre étaient maintenues sur le pied d’alerte. Kalé Khan laissa à Princes Town trois ou quatre mille personnes qui se seraient tenues sur leur tête s’il le leur avait demandé. Au quartier général de la police, à l’hôtel du Gouvernement, on ne parlait que de lui. On se demandait pourquoi on ne s’était pas débarrassé de ce petit bout d’homme depuis longtemps – maintenant, c’était trop tard – on aurait à répondre à cent quatre-vingt mille Indiens avec les ressentiments de cent ans de privations et d’insultes, prêts à exploser en un terrible cauchemar. Et voilà qu’arrivait le haut-commissaire de l’Inde aux Caraïbes, comme si quelque force mystérieuse l’avait voulu, le premier soir du Hussay !

 

 

L’oiseau-zombie, Éditions Dapper, 2001

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VERBENA
____________

Le retrait et l’accueil

Certains se survivent. Je veux dire qu’après quelques hautes années où leur activité créatrice a fait merveille, ils en sont réduits à se plagier eux-mêmes, leur veine personnelle s’étant épuisée. En ce qui concerne Pascal Verbena, rien de tel, il s’en faut, n’est à déplorer. Depuis l’époque où ses œuvres étaient exposées rue Jacob à Paris, il n’a rien perdu de son inventivité. Non seulement son travail de menuiserie poétique s’est renouvelé, enrichi, raffiné, mais de grands dessins sont venus s’y ajouter. Aussi l’imagination chaleureuse de Verbena se déploie-t-elle autant, présentement, dans les compositions à l’encre, imposantes, que dans ces monuments intimes que sont les habitacles et les retables.

La mer demeure la grande inspiratrice. Elle ne se contente pas d’être sa fournisseuse attitrée, celle qui dépose sur le rivage, où l’artiste vient les choisir, les planches et les branches qu’ensuite il découpe et réunit, de lui procurer, donc, le matériau de prédilection de ses constructions, même si le minéral souvent s’y associe, telle pierre claire et tendre, par exemple, ou bien la belle ardoise de ces tableautins délicatement gravés venus s’intercaler, s’insérer entre les bois d’épaves, ces naufragés sortis de l’abandon, traités et présentés avec sollicitude, assemblés pour composer parois, panneaux, façades, polyptiques, lesquels offrent cet appareil – pour employer un terme de maçonnerie – où se lisent si bien le plaisir soigneux de l’ouvrier, sa ferveur assidue, judicieuse, attentive. Toutefois, si la mer est perpétuellement présente à l’esprit de l’artiste, ce n’est pas simplement parce qu’elle est cette pourvoyeuse prodigue.

Elle est pour lui le ventre immense, la matrice féconde qui dispense la manne des êtres parés d’écailles, de carapaces, de coquilles, ceux-là mêmes qui peuplent l’œuvre après leur conversion au rite de l’ornement. Merveilleux changement de statut qui peut également s’énoncer ainsi : des poissons, crustacés, gastéropodes, les motifs sont les avatars dans cette seconde existence, intemporelle, à laquelle l’art les a appelés. Dans le cas du microcosme propre à Verbena, leur forme a la savoureuse justesse qui caractérise cet artiste : simplifiée, sobre, elle est sans prétention, modeste ; il est tout aussi vrai de la dire noblement, sereinement stylisée.

La mer est aussi le royaume d’espèces plus primitives, animales, certes, mais qui, par l’apparence, tiennent de la plante. D’elles aussi les motifs gentiment emblématiques dérivent, qui historient l’ardoise ou se suivent, défilent en frises élégantes.

Des créatures marines ambiguës procèdent les grands dessins à l’encre. Je suis tenté de regarder chacune de ces amples compositions comme une sorte d’aquarium mental où Verbena s’emploie à faire prospérer des colonies de cellules bourgeonnantes, buissonnantes qui n’appartiennent à aucune espèce naturelle : strictement verbéniennes sont les espèces dont il s’agit. Conçues en matrice artistique d’abord ; ensuite, croissant, se développant, s’accumulant en amas – prompts à essaimer –, s’étirant en rubans, émettant des stolons, des tentacules, dessinant et constituant des entrelacs, des écheveaux.

C’est une autre et belle ambiguïté : les créatures dont Verbena nous propose le spectacle présentent deux allures qui se sont fondues ensemble sans pour autant s’abolir, qui donc sont cumulées, celle de la vie, toute au bonheur de croître, et celle de l’ornement qui s’abandonne au plaisir de l’aventure graphique, à la fois minutieux et allègre. Pareillement épris du détail, capables d’y apporter toute l’attention voulue sans que cela nuise à leur essor, deux élans, l’organique et l’artistique, ne font plus qu’un.

Ces verbéniennes espèces ont ceci de remarquable que, pourvues d’abondante énergie, portées à proliférer, elles n’en gardent pas moins la mesure dans leur ivresse végétative. Leur expansion n’est point telle qu’elles occupent tout l’espace disponible. On reconnaît là l’alliance des traits distinctifs qui caractérise leur auteur : d’une part, l’ardeur, la spontanéité, l’invention, la fantaisie ; de l’autre, le goût du travail soigné et, en même temps, cette modération que j’appellerai élégance.

J’ai omis la gentillesse. Elle tempère le sérieux liturgique des petits sanctuaires. De même atténue-t-elle l’effet des précautions défensives grâce auxquelles constructions et retables se prémunissent contre les brusques intrusions. L’intimité à laquelle on n’accède pas, mais qui permet qu’on s’en approche, préserve sa quiétude au moyen d’obstacles qui doivent être levés successivement, mais ces défenses, plus d’une fois ingénieuses, elles les oppose à l’indiscrétion comme par jeu et non sans le sourire d’une complicité malicieuse.

Les attributs de la sécurité s’affichent – ou sont rencontrés, ils s’interposent, tôt ou tard : non, les dispositifs propres à l’assurer ne manquent pas qui protègent le havre du souvenir, du rêve, la retraite du secret. Verbena se plaît à les varier, usant, selon le cas, des loquets, clavettes, chevilles à dégager, parois que l’on devra faire coulisser, trappes qui vont basculer, et autres mécanismes simples venus du fond des âges.

Leur côté bon enfant frappe pour qui a visité, juste avant l’exposition des œuvres de Verbena, celle des photographies dues à Peter Klasen. Ce dernier inventorie tout ce qu’une technique ambitionnant impeccabilité et infaillibilité jouit de rendre invinciblement efficace : de grands déserts métalliques, de puissants leviers, des volants et boulons géants – soit ce qui bloque, verrouille, cadenasse, assujettit irrésistiblement – montrent l’inquiétant visage de la violence prête, résolue, suspendue. Ici, une sécurité froide, imperturbable, se veut redoutable ; la précaution s’est faite menace ; déjà, formidablement immobile, elle agresse.

Un artisanat inspiré (un art) comme celui de Verbena n’a nul besoin de renier la vie pour s’en distinguer, affirmer son autonomie. L’hypertechnique entend, elle, supplanter toute vie. Jalousement son autisme se referme sur rien.

Tout au contraire, le château, construit par Verbena, où se tient ce qui est le plus intime d’une personne – trésor immatériel –, laisse venir à lui les offrandes du Dehors, avec aménité les reçoit, leur fait place. Sous la protection d’une clôture qui n’a rien de farouche, qui livre passage volontiers à la visite amie, un peu du Dehors se rassemble. S’y recueille.

Pour faire plus ample connaissance avec Pascal Verbena et découvrir d’autres de ses œuvres : catalogue de l’exposition (Musée de La Poste, 1er octobre 2005 - 11 février 2006) : Deux postiers singuliers : Raphaël Lonné, Pascal Verbena
Musée de La Poste et Société littéraire de La Poste et de France Télécom, Paris, 2005.
46 pages – 20 €.

Henri Raynal

 

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Traversée

Kay Strange Aura

J’invoque leurs divinités…

Les ombres de l’après-midi tombent sur les sentier
Qui courent à l’infini des cordillères

J’arrête ma marche face à une apacheta
Où pendant des siècles
Les caravanes ont prié la Pachamama

J’invoque leurs divinités

Pachacutí    Pachacutí

Et un yanacona aux pieds agiles me regarde
Et s’éloigne
Sur les sentiers qui courent à l’infini des cordillères

 

Derrière les murs…

Ils furent crucifiés derrière les murs
Ils ont cru voir l’horizon
Ils n’ont vu que les voix noyées

Personne ne s’apitoie
Ni le saint de la crique
Ni le cormoran

Ni les oiseaux migrateurs

Et les survivants pleurent avec le vent
La douleur des disparus

 

Je me souviens de Maria Challapa tisseuse…

Maria Challapa a appris l’ourdissage

Enfonçant les quatre pieux dans la dure
Terre de l’Altiplano
Ses mains tissent la trame des heures
Entrelaçant les brins délicats de l’alpaga

Je me souviens de Maria Challapa tisseuse de Visviri
… Elle m’a invitée à tisser avec elle
Un petit châle avec l’arôme d’herbes de ses montagnes

 

Les voix oubliées…

 

Ces viles mains placées par des gouvernements sourds
Ont volé l’innocence
Selk’nam         Alacalufes      Yámanas

Des hommes et des femmes
Des anciens et des enfants
Désarmés face à l’ambition des Blancs
Ont déversé leur sang à la Terre de Feu

Nous fûmes témoins du flagrant délit
Ne pas vouloir, ne pas croire

Nous fûmes témoins de massacres
De clameurs oubliées
Défendons les larmes de la lune
Les Mapuches
Les arbres sacrés

 

Là-haut sur la plage…

 

Barques mortuaires
Les algues entrelacent les dépouilles de corps

Là-haut sur la plage
Les femmes sèchent leurs larmes noires
Sur le sable meurent les vagues fatiguées

 

 

Le brouillard parfumé…

 

Je descends les ravins
Ramassant le brouillard parfumé
Qui monte de la mer
Le soleil timide annonce une nouvelle journée

Le jour se lève sur la vallée

Mes pas se confondent
Aux anciennes ombres d’autres empreintes

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Entretien avec Henri Meschonnic
(extrait)

 

« Dans la poésie, c’est toujours la guerre ». Cette phrase du poète russe Ossip Mandelstam s’applique avec force à l’activité critique mais ô combien constructive que mène le poète d’origine russe, né à Paris en 1932, Henri Meschonnic. Polémiste hors pair, il ne cesse de décortiquer le paysage poétique français et d’en critiquer ses ténors, au rythme d’un essai par an, parce qu’ils demeurent hors de la poésie telle qu’il la conçoit, et parce qu’ils continuent d’adhérer au discours de Heidegger dangereux, à son sens, tant sur le plan humain que poétique. Cette mission que Meschonnic - s’attaquant à des figures telles qu’Yves Bonnefoy, André Du Bouchet, Jacques Roubaud, Michal Deguy…-, accomplit avec un savoir poétique, philosophique et linguistique vertigineux n’est pas la seule facette de son œuvre. S’y ajoutent la traduction de la Bible à partir de l’hébreu, la rédaction d’essais dans les domaines de la philosophie et de la linguistique, sans oublier une production poétique intense dont le dernier fruit est le recueil Et la terre coule publié en 2006 chez Arfuyen. La réédition de son essai référentiel Célébration de la poésie[1] a été l’occasion d’un entretien, dans l’intimité de sa jolie maison en banlieue parisienne, sur la poésie et sur les principales expériences poétiques contemporaines.

 

Le choix du titre de votre essai, Célébration de la poésie, n'est-il pas ironique dans la mesure où, pour vous, la poésie, au lieu d'être un acte de célébration, comme beaucoup de poètes le pensent, est un acte de transformation  de notre rapport au monde et donc à la vie elle-même, par la grâce du rythme ?

H.M. : Bien sûr que c'est un titre ironique, mais c'est plus que cela, c'est une réflexion sur les rapports entre écrire un poème, lire un poème et toute l'histoire de la poésie. Du coup, je me suis rendu compte que quand on prononce le mot poésie, on ne se rend pas compte qu'on dit cinq voire dix choses différentes à la fois. C'est une véritable cacophonie inaudible. Il y a une connaissance historique de la poésie, parce qu'il y a la poésie au sens de « stock », c'est-à-dire toute l'histoire de la poésie, des poésies, de la poésie dans chaque culture avec toute son histoire. Mais le problème du poème à écrire c'est qu'il ne peut pas regarder vers l'histoire de la poésie, parce que s'il le fait, il devient l'amour de la poésie qui mène inévitablement à répéter la poésie déjà écrite. C'est pourquoi je dis, et ça a l'air d'un jeu de mots mais c'est beaucoup plus qu'un jeu de mots, que l'amour de l'art c'est la mort de l'art. Le poème à lire et le poème à écrire ont deux ennemis : la poésie elle-même, au sens de la poésie du passé, et la philosophie à cause de sa conception du langage. Depuis qu'on écrit des poèmes, les poèmes ont toujours été ce qui a réinventé la poésie. La poésie n'a pas arrêté d'être inventée par les poèmes. Mais quand on regarde la poésie avec amour, il se produit un effet pervers, on se met à écrire sur la poésie, en admirant la poésie et en la célébrant. C’est ce qui peut arriver de pire à un poème, tel que je le définis et qui n’a rien à voir avec quelque chose de formel, les formes fixes, les mètres, les rimes. L'histoire de la poésie n'est pas la même partout. Dans l'ancienne poésie chinoise il n'y a pas du tout d’opposition entre la métrique et la prose, et cette opposition c'est une chose que j'ai eu aussi à critiquer, parce que la définition de la poésie par la métrique c'est définir la poésie par la forme, par le vers, et déjà Aristote savait que les vers ne sont pas la poésie. Alors qu'est-ce que c'est que la poésie ?

 

Ou plutôt qu'est-ce qui fait qu'un poème est un poème et quelle est la raison principale, selon vous, qui a fait qu'une cohorte de grands poètes français (Yves Bonnefoy, André Du Bouchet, Jacques Roubaud, Michel Deguy, Emmanuel Hocquart, Christian Prigent, Jean-Michel  Maulpoix, André Velter...) sont passés juste à côté, comme vous l’exposez dans cet essai ?

H.M. : Bonnefoy et les poètes qui tournent dans son orbite se contentent de nommer des émotions, et l'Oulipo et les poètes expérimentalistes ont misé sur la contrainte formelle. Mais les deux tendances ressemblent à la poésie et lui courent après, car chacun sépare forme de vie et forme de langage. Or, le poème n'a de chance d'advenir que s'il est la transformation d'une forme de langage par une forme de vie, et la transformation d'une forme de vie par une forme de langage. En cela, je lutte contre l’opposition entre le langage et la vie. On ne se rend pas compte qu'en opposant le langage et la vie, selon la tradition philosophique, on oppose une représentation du langage et une représentation de la vie. Penser, c'est transformer la pensée, c'est intervenir dans la pensée, sinon, et c'est une expression qui me reste de la guerre d'Algérie, c'est du « maintien de l'ordre ». Ma définition est anti-formelle, la poésie pour moi c'est l'activité d'un poème. Et j'ai défini le poème comme la transformation réciproque du langage et de la vie. Le poème transforme la vie, c'est-à-dire la vision de la vie, la conception de la vie et par conséquent la conception de l'éthique et de la société. C'est pourquoi un poème, pour moi, n'est pas d'abord un acte poétique mais un acte éthique, c'est-à-dire un acte qui me transforme, moi comme sujet, mais qui doit aussi, si c'est un acte qui m'a transformé comme sujet, avoir un effet de continuité sur le lecteur et le transformer à son tour. Un vrai poème transforme le lecteur. Cela est un critère qui n'est pas simple, facile ou formel pour faire la différence entre un poème et quelque chose qui est une imitation de la poésie. Je pense à Reverdy qui faisait une différence entre les moyens et les procédés, les moyens c'est ce qui transforme l'art alors que les procédés c'est ce qui imite l'art. Il y a à faire la différence dans un poème, comme dans n'importe quelle œuvre d'art, entre quelque chose qui n'a jamais été fait et qui est cette transformation mutuelle de l'œuvre et de la vie, et ce qui a déjà été fait...

 Propos recueillis et introduits par Antoine Jockey

(1) première parution : Verdier 2001. Réédition : Verdier Poche, 2006

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